- Avertissement : message plein de désespoir -

Mes règles ont commencé une semaine après le transfert. Psychologiquement, j'ai eu un moment de découragement au moment de l'arrivée des premières règles, puis une réalisation "en douceur". Je n'ai pas pris la peine de me traîner dans un labo pour une prise de sang en bonne et due forme. J'ai simplement fait un test de grossesse, négatif bien sûr, à J+16, dimanche dernier. Bref, j'ai gardé la tête haute. J'ai essayé d'ignorer cet échec.

Et puis, mardi dernier, ma collègue A. est revenue de vacances. A est aussi en PMA. Elle a un parcours long et, ces derniers mois, nous nous sommes étrangement suivies d'un mois dans nos échecs pour un 2ème enfant (FIV 1 -, 0 embryons congelé ; FIV 2 -, 1 blasto congelé).

Vous vous en doutez, A. est revenue avec une "surprise". Un + naturel arrivé le cycle suivant une FIV... Et bien là, j'ai craqué. Après m'être emerveillé pendant 10 mn sur cet énorme coup du destin - un bébé naturel après 10 ans d'essais -, je me suis littéralement effondrée. Nous étions 3 au bureau en PMA, une fois encore, je suis la dernière sur le bord de la route et je vais avoir sous les yeux ce à côté de quoi je passe. Ca se passe de commentaires, ça se passe aussi de paroles réconfortantes.

Des paroles que je ne peux plus entendre "Ce n'est pas désespéré", "Vous avez encore de l'espoir", "Vous avez déjà votre fille",...  Je comprends Belle Bretagne et sa réaction sur un commentaire de ce type.

Depuis que j'ai eu ma fille, je me tiens dans ma tête un discours positiviste "Nous nous contenterons de ce beau cadeau", "Si nous n'en avons qu'une nous saurons nous en satisfaire". Je réalise aujourd'hui que c'était une stratégie pour adoucir un échec éventuel. Dans mon coeur, je carressais secrètement l'espoir de porter un autre enfant. Quand j'ai rangé ses vêtements de bébé, je m'imaginais - toujours secrètement - les ressortir un jour. Je m'en rends compte car aujourd'hui, j'y crois beaucoup moins.  

J'ai voulu faire la forte et supporter cette attente comme un bon petit soldat, mais je suis rattrappée par mes sentiments.

Depuis une semaine, je pleure. Ce n'est pas un craquage passager. Je rattrappe bientôt 2 ans (en octobre) où j'ai essayé d'etouffer ma peine. 

Car elle est bien là. Oui, c'est moins dur de ne pas avoir un deuxième que de ne pas avoir d'enfant. Mais c'est dur quand même. Cette fois-ci, je sais à côté de quoi je passe. Et puis c'est la peine aussi que ma V. n'ait pas de frère ou de soeur.

Depuis une semaine, je n'ai pas eu le courage d'appeler mon gynéco pour lui annoncer le résultat, par peur de craquer au téléphone. J'évite aussi d'en parler, car il m'est insupportable qu'on nie, qu'on minimise ma souffrance, même si je sais que cela part de bonnes intentions. Je n'ai pas besoin de paroles réconfortantes, de messages d'espoir : je me les suis servis pendant 2 ans...

Je crois qu'il est temps d'arrêter de se voiler la face et d'ouvrir un peu les yeux. Ni fleurs, ni couronnes.